Chute d’Alpha Condé, transition de Mamadi, cas Ousmane Gaoual : Dr. Alpha Amadou Diallo prend la parole (Interview exclusive)

Longtemps resté dans le silence après la chute du régime Alpha Condé qu’il a combattu, Dr. Alpha Amadou Diallo, membre de l’UFDG, fils du doyen Boubacar Biro Diallo, ancien président de l’Assemblée nationale, a pris la parole sur Lerevelateur224.com. Dans une interview exclusive qu’il a accordée à notre rédaction, ce cadre chevronné a abordé avec nous plusieurs questions. De la chute d’Alpha Condé, à l’arrivée de Bah Oury à la Primature, en passant par la conduite de la transition et le cas Ousmane Gaoual Diallo, notre interlocuteur parle sans trembler. Exclusif !

LEREVELATEUR224.COM : Vous étiez très caustique au temps d’Alpha Condé envers son régime. Après sa chute, pourquoi ce long silence de votre part?

Je n’étais pas « caustique », j’ai été plutôt critique sur la dictature de Alpha Condé, qui développa le système autocritique le plus avilissant, depuis la tyrannie de Sékou Touré qui engendra des milliers de morts, de disparus et d’exilés. Je ne suis qu’un modeste porte-voix des sans voix, je dirais de la majorité silencieuse. Système qui a sérieusement entamé les fondements fragiles de notre République.

Après le coup d’Etat du 5 Septembre 2021, près de 3 ans après, comment vous voyez la gouvernance CNRD?

Le coup de force du 5 Septembre, fait suite à un coup d’état constitutionnel , organisé par Alpha Condé et sa bande. J’ai salué, comme la majorité de nos compatriotes, ce changement brutal. La déclaration du légionnaire Mamadi Doumbouya, donna espoir pour un nouveau départ. Le système ayant survécu à l’assaut du palais présidentiel, a vite repris ses droits, perversion ostentatoire. Le CNRD (Comité National du Rassemblement pour le Développement) – Tout est faux même dans la dénomination de ce comité. Et pour cause :

a- Le comité, c’est un comité fantôme, on ne connait ni sa composition, ni les limites de ses attributs, encore moins la liste de ses membres. À ce jour, ce comité est illégal.

b- National : II n’y a rien de national dans ses trépignassions ethnicistes fondées sur de la concussion – la nomination du gouvernement, des hauts cadres, civils et militaires, ne répond pas au quotient national dans sa diversité.

c- Rassemblement : La junte a trouvé une nation avec ses différences ethniques et culturelles, elle a potentiellement exploité cette diversité pour assouvir ses desseins. La junte n’a rien rassemblé du tout.

d- Développement : La junte n’a rien à développer, elle n’a pas vocation à développer quoi que ce soit, sa légitimité c’est la transition de courte durée, le développement d’un pays reviendra aux institutions démocratiquement élues par le peuple.

Le CNRD du 5 Septembre n’existe plus. Le légionnaire Mamadi Doumbouya sera comptable de tout ce qui adviendra au-delà du 31 Décembre 2024. Aujourd’hui, à entendre nos religieux et nos coordinations parlés de ‘réconciliation nationale’, c’est comme si la Guinée est en guerre ou sort d’une guerre ? Or, rien n’en est, la société guinéenne a un problème moral, les voleurs d’aujourd’hui et ceux d’hier, toutes ethnies confondues, sont prêts à s’allier pour dilapider les biens publics – À cette échelle, l’ethnie n’apparaît pas.

A entendre nos religieux, c’est comme si notre pays est en guerre ? Mais la guerre contre qui ? Si il y a guerre ? C’est la junte contre la Guinée. Jamais un citoyen n’a porté une arme contre un citoyen ou un groupe de citoyens lors des manifestations. C’est toujours le dictateur qui s’entoure d’hommes de mains, qui, avec les moyens de l’Etat, tue la population avec les armes de la République. Ce fait n’est pas propre à la junte, c’est la conséquence de la tyrannie de Sékou Touré, qui a réussi pendant 1/4 de siècle à fabriquer ‘’l’homme nouveau’’, incarnant : la médiocrité, le mensonge, la délation, le vol, comme moyens d’ascension social. Là est et demeure le problème de la Guinée. Depuis bientôt 3 ans d’aventure sans issue avec le CNRD, on est devant une impasse.

Aujourd’hui, des leaders politiques sont poussés à l’exil forcé. C’est le cas de Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré notamment. Quelle lecture en faites-vous ?

Tout le monde a vu la violence doublée de haine qui a habillée l’expropriation des domiciles privés de ces deux citoyens et comme des centaines d’autres compatriotes. Ni le droit fondamental, ni la justice, encore moins le droit à la propriété privée, n’ont été respectés. Sidya et Cellou ne sont pas des exilés politiques, ils se sont mis à l’abri pour sauver leurs vies.

Ousmane Gaoual Diallo ambitionne de prendre les rênes de l’UFDG. Il compte même se présenter au prochain congrès du parti. Il pense pouvoir détrôner Cellou Dalein Diallo. Qu’en pensez-vous ?

Je ne commente pas l’excentrisme d’un membre de la junte. Dès lors que je n’ai jamais entendu le président Cellou commenter cet égarement de Ousmane Gaoual, ce n’est pas d’actualité pour moi. Je me consacre plutôt à militer pour sortir mon pays de cette mascarade mortifiée instaurée par la junte.

Comment analysez-vous l’arrivée de Bah Oury à la Primature?

Bah Oury, je l’ai connu par le passé : un cadre bien formé, compétent, partisan des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Je ne le reconnais plus. A lui d’assumer sa posture. Et ce que j’ai toujours affirmé et qui est d’actualité : c’est qu’un des problèmes de la République, c’est son élite et la question morale. La question ethnique est exploitée à bon escient par des crapules sans état d’âme.

Le CNRD à travers son Premier ministre, a carrément affiché sa volonté de prolonger la durée de la transition. Quelle lecture en faites-vous ?

Ce que Bah Oury dit n’engage que sa personne. La durée de la transition se termine le 31 Décembre 2024, ni le CNRD, encore moins le légionnaire Mamadi Doumbouya, n’a annoncé une quelconque prolongation. Et si cela devrait arriver, il faut expliquer pourquoi Dadis et ses partenaires sont en prison. Prendre le pouvoir par la force et vouloir le garder par la force, entraînera des tueries, et cette fois-ci par milliers : Ni Doumbouya, encore moins Bah ne peuvent brandir la légitime défense ou le maintien d’ordre, en faisant tirer par balles sur les populations. Ce qui est valable pour Dadis et ses compagnons l’ai aussi pour Doumbouya et sa bande dans son intégralité.

Est-ce que vous êtes partant pour un rallongement de la durée de la transition ?

II n’appartient à aucun citoyen de prolonger la transition dans sa durée. Une transition se veut brève, d’où sa légitimité, au-delà, elle est illégale et illicite.

Quel appel avez-vous à lancer au peuple de Guinée ?

Je demande au peuple de Guinée d’être uni au-delà de nos religieux et de nos coordinations, qui sont timorés. Et d’être uni autour des valeurs de la République : Travail- Justice- Solidarité. À la fin de la transition le 31 Décembre 2024, c’est de sortir comme un seul homme, pour imposer dans une communion nationale par la rue et dans la rue, l’institution d’une transition civile, pour l’avènement d’une République normale en Guinée.

Je vous remercie.

 

Interview réalisée par Alpha Madiou BAH.

(+224) 629 882 628

L’article Chute d’Alpha Condé, transition de Mamadi, cas Ousmane Gaoual : Dr. Alpha Amadou Diallo prend la parole (Interview exclusive) est apparu en premier sur lerevelateur224.