L’ADAPT au chevet des transitions africaines en 2025: une initiative de Washington qui suscite le tollé en Guinée

L’Administration Biden a annoncé le lancement pour le 1er janvier 2025 d’un programme pilote en Guinée appelé « African Democratic and Political Initiative », en abrégé (ADAPT). Son objectif est d’assister la junte guinéenne pendant cette période transitoire politique en lui apportant un soutien technique à la rédaction d’une nouvelle constitution et en appuyant le processus électoral.

Apport d’experts américains à l’élaboration d’une constitution en 2025 : Quid du chronogramme qui fixe la fin de la transition à 2024 ?

Suite à l’annonce initiale faite le 8 novembre dernier concernant ce programme en Guinée, un observateur de la vie politique africaine en Europe, consulté par Guinéenews, à cet effet, estime que la date de lancement de cette initiative, le 1er janvier 2025, est lointaine et n’encourage pas un départ immédiat des militaires du pouvoir en Guinée.

Bilan des relations États-Unis-Afrique : promesses, réalisations et défis

Un an après le sommet États-Unis-Afrique qui s’est tenu à Washington du 13 au 15 décembre 2022, le Département d’État américain a dressé un bilan des réalisations effectuées en Afrique depuis cette rencontre, la deuxième du genre et à laquelle ont participé 49 chefs d’État et de gouvernement. Hormis les 4 pays bannis en raison de coups d’État (la Guinée, le Mali, le Burkina Faso et la Centrafrique), toute l’Afrique y était représentée.

Pour un meilleur suivi des décisions et du chronogramme, un envoyé spécial du président avait été nommé en la personne de Johnnie Carson, ancien diplomate retraité spécialiste des questions africaines dans différentes administrations démocrates.

Crise au Niger : les États-Unis face à un nouveau défi diplomatique en Afrique de l’Ouest

Le Niger, n’ayant pas connu de putsch à l’époque, avait été représenté par le président Mohamed Bazoum, himself. Mais quelques mois plus tard, celui-ci, à son tour, devrait faire face à un coup d’Etat qui a renversé son régime. Une situation qui a créé un sentiment anti-français ayant provoqué le départ de Silvain Itté, l’ambassadeur français et des 1500 militaires de l’armée française qui étaient basés à Niamey. Pendant ce temps, la diplomatie américaine, après des mois d’hésitation, s’est finalement résolue à reconnaitre le nouveau régime nigérien dirigé par des miliaires.

Pour l’année 2023, en plus du coup d’État du Niger, il faut citer le putsch perpétré en été dernier au Gabon. Les officiels du Département d’État ont rappelé le rôle de l’ex-président Georges Oppong Weah dans la transition sans heurts au Liberia.

Le Niger abritant de petites unités militaires avec une importante base de drones américains, a connu un putsch qui a bouleversé les équilibres et inquiété notamment les États-Unis.

Un intense ballet diplomatique a donc précédé la rencontre de Washington de fin 2022, avec des visites en Afrique du Secrétaire d’Etat Anthony Blinken, de la Vice-présidente Kamala Harris. Dix-sept officiels de haut niveau de l’Administration américaine ont visité 26 pays du continent, et de nombreuses promesses ont été faites dont des investissements majeurs de 55 milliards de dollars dans divers secteurs en Afrique.

Le président Biden, bien qu’âgé, a promis de visiter le continent en 2023. À ce jour, sur les 350 millions de dollars promis pour le développement du numérique sur trois ans, à partir de 2022, 82 millions de dollars ont été décaissés en 2023. La fondation Bill et Melinda Gates est également impliquée dans ce projet avec la possibilité de construire des centres de données au Ghana et au Kenya.

Le point de presse a été coanimé par M. Jonathan Pratt, sous-secrétaire d’État chargé des affaires africaines, M. Judd Devermont de la division Afrique du Conseil National de Sécurité et par Mme. Prosper Robinson, Coordinatrice de Prosper Africa, une initiative présidentielle visant à renforcer les liens entre l’Afrique et les États-Unis.

Bien que certains observateurs reconnaissent l’insuffisance de l’engagement américain et le bilan mitigé de la coopération américaine sur le continent, ces conférenciers croient en un certain progrès. L’ambassadeur Jonathan Pratt affirme que 40% des 55 milliards de dollars promis sur trois ans ont déjà été engagés.

Il faut noter que, malgré la guerre en Ukraine qui se déroulait pendant la rencontre et le conflit israélo-palestinien depuis le 8 mars 2023, l’Afrique n’a pas été une priorité, bien que ces sujets n’aient pas été abordés.

L’US-Africa Business Forum tenu à Gaborone au Botswana a retenu l’attention des officiels américains. Tenu en juillet de cette année, ce forum a réuni de nombreux hommes d’affaires des deux côtés pour échanger sur les opportunités d’investissement et de financement.

La diaspora africaine et les enjeux migratoires : un comité consultatif à Washington

Bien que la crise migratoire n’ait pas été abondamment abordée, il est à souligner que de nombreux migrants, y compris des migrants africains, sont arrivés sur le sol américain. Le gouvernement américain mise beaucoup sur le bon fonctionnement d’un comité consultatif de la diaspora africaine à Washington pour renforcer les liens avec l’Afrique. Les jeunes africains continuent à fuir les ‘’persécutions, le manque d’emplois et de perspectives’’ pour se rendre aux États-Unis via le Nicaragua, le Brésil et l’Amérique latine.

Selon l’ambassadeur Pratt, la diaspora africaine a transféré l’équivalent de 96 milliards de dollars en Afrique, dépassant de loin toute forme d’aide publique au développement.

Reconnaissant le rôle majeur que l’Afrique jouera dans les décennies à venir, avec une population jeune et des matières premières abondantes, il a rappelé que 47 millions de personnes en Amérique sont d’origine africaine.

Les autres points de discorde entre l’Afrique et les États-Unis au cours de cette année, qui n’ont pas été mentionnés lors du point de presse, sont liés à l’interdiction de l’homosexualité en Ouganda, au rôle de l’Afrique du Sud pour abriter le sommet des BRICS et au non-alignement des pays africains dans la guerre en Ukraine.

Les États-Unis et le corridor Lobito en Angola : nouveaux horizons économiques ou un stratagème pour contenir la montée spectaculaire de la Chine en Afrique?

Pour revenir au plan économique et financier, les États-Unis comptent jouer un rôle très important sur le corridor Lobito en Angola. Ce corridor partira du port de Lobito, traversera la République Démocratique du Congo jusqu’en Zambie, et à long terme, jusqu’à l’océan Indien, impliquant des investissements dans les chemins de fer, les ports, selon M. Devermont du Conseil National de Sécurité. L’Angola, riche en pétrole, a toujours été la convoitise des grandes puissances. D’ailleurs, le président Biden a reçu à la Maison Blanche le président angolais Joâo Lourenco pour discuter de ce projet ambitieux. Contrairement aux Chinois, qui avaient lourdement investi dans les chemins de fer et les infrastructures, les États-Unis étaient absents. Grâce à un chemin de fer reliant Lobito à l’océan Indien, ils comptent désormais être présents.

Un autre fait marquant de la vie économique entre les États-Unis et la Guinée, cette fois en Afrique de l’Ouest, qui n’a pas été discuté, est la célébration du 60e anniversaire de la création de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG). La CBG, initialement lancée comme une coentreprise entre le groupe américain ALCOA et le canadien AlCAN, a exporté des milliards de tonnes de bauxite. Une fois transformée en alumine et en aluminium, le monde entier l’utilise dans la fabrication des ustensiles de cuisine, la fabrication des avions, automobiles, la construction, bref, dans tout ce qui nous entoure quotidiennement. Malheureusement, le pays exportateur, la Guinée, n’a pas pu profiter de ses ressources, et aujourd’hui, avec la présence de nombreuses entreprises minières étrangères, le sort du guinéen n’est toujours pas enviable.

En ce qui concerne le port de Lobito, le financement sur ce corridor est estimé à 1,5 milliard de dollars sur les 600 milliards de dollars que comptent dépenser les Américains dans le gigantesque projet du Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII), un projet appuyé par le G7 et quelque peu semblable à la Nouvelle Route de la soie chinoise, bien qu’avec une envergure limitée.