À quelques heures de l’ouverture de la session inaugurale de la 10ᵉ Assemblée nationale, les regards sont désormais tournés vers l’élection du futur président de l’institution. Les discussions s’intensifient et les tractations se poursuivent autour des différents profils susceptibles d’occuper le perchoir. Si plusieurs noms ont circulé ces dernières semaines, la compétition semble aujourd’hui se concentrer principalement autour de deux profils, de sources bien informées : Dre Makalé Traoré, tête de liste du Parti de l’Action Citoyenne par le Travail (PACT), et Aboubacar Sylla, président de l’Union des Forces du Changement (UFC).
Dans les coulisses, plusieurs arguments sont avancés notamment en faveur de Makalé. L’un des principaux arguments évoqués autour de la candidature féminine repose sur la portée symbolique que représenterait l’accession d’une femme à la présidence de l’Assemblée nationale. Un signal important, mais qui ne saurait, à lui seul, déterminer le choix d’une fonction aussi stratégique. Car la présidence de l’Assemblée nationale n’est pas seulement une question de représentation de la femme ou de symbole. C’est avant tout une fonction d’autorité institutionnelle qui exige une connaissance approfondie de l’État, une maîtrise des mécanismes parlementaires, une capacité de dialogue et une expérience avérée de la gestion des affaires publiques.
La présidence de l’Assemblée nationale impose en effet de diriger les débats, de garantir l’équilibre entre les différentes sensibilités politiques et parlementaire, de défendre l’image de l’institution partout et de porter la voix du Parlement auprès des partenaires nationaux et internationaux. Dans cette perspective, l’expérience apparaît comme un critère déterminant.
Aboubacar Sylla dispose, à ce titre, d’un parcours particulièrement solide et soilicité par les Guinéens
Ancien député, plusieurs fois ministre, ancien porte-parole de l’opposition guinéenne et ancien porte-parole du Gouvernement, il est l’un des rares responsables politiques à avoir exercé des responsabilités majeures au sein des différentes composantes de l’État. Cette trajectoire lui donne une compréhension globale du fonctionnement institutionnel guinéen. Il connaît les réalités du Parlement pour y avoir siégé, les exigences de l’action gouvernementale pour avoir dirigé des départements ministériels et les contraintes du débat politique pour avoir représenté successivement l’opposition et le Gouvernement. Cette double expérience constitue un avantage considérable pour une institution appelée à être un espace de dialogue, de confrontation démocratique et de recherche permanente de compromis.
Son parcours est également marqué par des réalisations importantes dans le domaine de la communication. À la tête du ministère de la Communication et de l’Information, il a accompagné une période majeure de transformation du paysage médiatique guinéen, notamment avec l’ouverture du secteur audiovisuel privé, le renforcement des médias publics, privés et plusieurs initiatives visant à moderniser les outils de communication de l’État. Au-delà de ses fonctions officielles, Aboubacar Sylla s’est également illustré comme un acteur majeur du développement des médias en Guinée. À travers la création de L’Indépendant, Le Démocrate et de Planète FM, il a contribué à l’émergence de nombreux professionnels de l’information et au renforcement du pluralisme médiatique. Au ministère des transports, ses réformes ont perduré.. Son engagement dans l’éducation, à travers le Complexe scolaire Sylla Lamine, témoigne également d’une vision tournée vers la formation et la transmission. Par ailleurs, selon nos sources bien informées, des orientations pourraient être données aux députés issus de la mouvance GMD dans les prochaines heures afin de guider leur choix. Dans ce contexte, l’enjeu principal ne devrait pas être uniquement lié à la représentativité ou à la portée symbolique d’une désignation, mais davantage à la capacité du futur président de l’Assemblée nationale à répondre aux exigences de la fonction.
La prochaine législature sera confrontée à des défis importants : consolidation institutionnelle, amélioration du travail parlementaire, accompagnement des grandes réformes nationales et renforcement de la crédibilité de la représentation nationale. Face à ces enjeux, la raison et l’intérêt supérieur de l’État devraient naturellement conduire à privilégier l’expérience, la compétence et la posture d’un véritable cadre d’État. La question n’est donc pas seulement de savoir qui incarne le symbole d’une première historique, mais plutôt qui dispose des capacités nécessaires pour diriger efficacement une institution aussi importante que l’Assemblée nationale.
Dre Makalé Traoré possède un parcours dans la vie publique qui mérite considération. Toutefois, la présidence du Parlement exige une expérience spécifique : connaissance des procédures législatives, pratique des institutions, maîtrise des équilibres politiques et capacité à fédérer autour de l’intérêt national. Sur ces différents critères, Aboubacar Sylla apparaît comme un profil particulièrement préparé pour relever les défis de la 10ᵉ Assemblée nationale.
Son expérience parlementaire, gouvernementale, politique et médiatique constitue un capital précieux pour accompagner la nouvelle législature et donner au Parlement guinéen une autorité institutionnelle renforcée. Au final, la décision appartiendra aux députés. Mais leur choix devra dépasser les considérations conjoncturelles et privilégier l’homme capable d’incarner durablement la responsabilité, le dialogue et l’efficacité au sommet de l’institution parlementaire.
Kova Guilavogui, politiste , Enseignant- chercheur, Journaliste éditorialiste